Durée de l'entretien : 15 mn.
Il y a des vignerons qu’on retrouve comme on reprend une conversation interrompue la veille. Avec Laurent Maynadier, du Domaine Champ des Sœurs, c’est exactement cela. On s’était croisés à ses débuts, quand l’homme avançait déjà avec cette manière singulière de regarder son pays non comme un décor, mais comme une responsabilité. Laurent n’a jamais eu l’air de « faire du Fitou » par héritage automatique. Il le fait parce qu’il en vient, parce qu’il en connaît les pierres, les vents, les blessures, les colères, et cette obstination méridionale qui consiste à sourire encore quand tout invite à baisser les bras.
Sauf qu’aujourd’hui, à Fitou, la question n’est plus seulement de faire du vin. Elle est de continuer à vivre de la terre quand la terre se durcit, quand l’eau se retire, quand la vigne elle-même semble hésiter.
Laurent le dit sans détour : ces deux derniers millésimes, il a perdu « 80 % » de sa récolte. Pas à cause d’un caprice passager, mais « par la chaleur et surtout la sécheresse ». Et il ajoute, plus grave : « On a perdu la production, une partie du système racinaire et des vignes aussi. »
Voilà le point de départ de notre rencontre. Non pas une lamentation, mais un constat. Sec. Brut. Méditerranéen. Chez Laurent, la plainte ne dure jamais longtemps. Elle se transforme vite en plan d’action.
La vigne monte, Fitou cherche le sud
L’idée pourrait paraître folle : planter de l’aloe vera à Fitou. Pourtant, elle devient presque évidente quand Laurent déroule son raisonnement. « Si tu prends la vigne, tu t’aperçois que la vigne migre vers le nord. Tu en retrouves maintenant sur toute la façade atlantique et même jusqu’en Belgique. » Alors, si la vigne monte, pourquoi ne...
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