Durée de l'entretien : 12 mn.
Il y a des caves qui parlent avant même que l’on y entre. Des volumes, des murs, des cuves énormes, des dates inscrites dans la pierre : tout dit ici que le vin n’a jamais été seulement une affaire de bouteille. Au Cellier Lauran Cabaret, à Laure-Minervois, le décor n’est pas un décor. Il travaille encore. Il vinifie encore. Il garde, dans ses proportions anciennes, ses murs suintants la mémoire d’un Minervois coopératif, populaire, massif parfois, mais aujourd’hui engagé dans une mue plus fine.
La cave de Laure-Minervois est née en 1929. Celle de Villeneuve-Minervois, avec laquelle elle a fusionné en 1996, date de 1925. Autant dire que l’histoire de la coopération locale n’est pas une note de bas de page : elle est la charpente du lieu. « Cela s’est fait en plusieurs étapes, on l’imagine bien : la cave n’a pas vinifié 2 000 hectares d’un seul tenant », rappelle Sylvain Delabre, directeur du Cellier Lauran Cabaret.
Mais que devient une coopérative quand le monde qui l’a portée se défait ? Quand les buveurs quotidiens vieillissent ? Quand les rendements chutent ? Quand les jeunes consommateurs ne veulent plus les mêmes vins, ni les mêmes récits ?
À Laure-Minervois, la réponse ne tient ni du reniement ni du folklore : elle passe par une adaptation serrée, presque artisanale, de l’outil collectif.
La vieille dame coopérative peut-elle encore séduire ?
La question pourrait sembler brutale. Elle est pourtant au cœur du sujet. Pendant des décennies, ces...
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