Durée de l'entretien : 20 mn
Comment succéder à un père qui ne s’efface pas ? Bruno Paillard est toujours là, toujours écouté, toujours en mouvement. Il a fondé sa maison, imposé un style et marqué la Champagne. Sa fille Alice en a pris la direction en 2018. Mais rien n’était écrit. « Je me suis toujours dit que je ne travaillerais jamais avec mon père. » Voilà comment commence cette histoire de succession.
Partir pour savoir où revenir
Quand elle est adolescente, Alice Paillard ne veut ni rester à Reims ni suivre la route familiale. Dès que quelqu’un lui prédit qu’elle travaillera un jour avec son père, elle se cabre. « Je bouillonnais de rage. Je répondais : “Mais qui es-tu, toi, pour me dire ça ?”, alors que mes propres parents ne me le disaient pas. »
Dans la famille Paillard, les quatre enfants sont libres de choisir leur voie. Deux sœurs s’engagent dans l’éducation alternative. Le frère, Aymeric, part faire du saint-joseph au domaine La Vigne des Pères. Alice, elle aussi, s’éloigne. Elle étudie, travaille, voyage. Il lui faut quitter la Champagne pour éprouver cette évidence que l’anglais résume mieux que le français : « I belong here. » Je suis d’ici. Elle revient parce que la maison n’est pas achevée.
« Ce qui m’a motivée, c’est que c’est un très beau projet et qu’en même temps il est encore en construction. »
Si elle avait eu le sentiment d’entrer dans un musée, elle serait repartie. « Cela m’aurait étouffée. » Elle a grandi avec cette phrase : « Il faut trois générations pour construire une maison de champagne. » La première a lancé le mouvement. La suivante ne doit pas le figer.
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