Durée de l'entretien : 19 mn
Il y a des maisons de champagne qui commencent par une date ancienne, un patronyme germanique, un moine parfois, un passé déjà prêt pour la brochure. Chez Bruno Paillard, elle, commence autrement : par un homme, par un métier de passage, par une envie de faire. Non pas seulement vendre, relier, négocier, mais créer. Mettre son nom sur une bouteille ne suffisait pas ; encore fallait-il que ce nom engage une idée du vin.
Dans le récit d’Alice Paillard, l’origine de la maison n’a rien d’un roman dynastique figé. Elle tient plutôt du mouvement. Une famille de Bouzy, des vignes dispersées par les héritages, un père devenu courtier, puis ce moment où l’intermédiaire décide de passer de l’autre côté du miroir. À l’époque, le geste n’allait pas de soi. La Champagne du début des années 1980 n’attendait pas spécialement de nouveaux venus.
Alice Paillard résume ce paradoxe fondateur d’une formule nette : « Une vieille famille, mais une jeune maison. » Vieille famille, car les Paillard appartiennent à cette Champagne profonde, villageoise, enracinée. Jeune maison, car Champagne Bruno Paillard naît en 1981, dans un paysage où « les nouveaux, on ne voulait pas trop qu’ils arrivent ».
C’est de cette tension qu’est née l’identité de la maison : non pas une rupture avec la Champagne, mais une manière de lui rappeler ce qu’elle peut être quand elle cesse de s’abriter derrière le seul prestige de la bulle.
Le courtier qui avait sa Champagne en tête
Avant de créer sa maison, Bruno Paillard fut courtier. En Champagne, le courtier n’est pas un figurant du commerce. C’est un passeur, un géographe intime, celui qui connaît les villages, les familles, les raisins, les réputations muettes, les équilibres entre ceux qui cultivent et ceux qui élaborent.
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