Durée de l'entretien : 15 mn.
— Qu’est-ce qui vous passionne, finalement, dans la viticulture ? Le concret ?
Lionel Audoin ne sépare pas facilement les deux.
« J’ai du mal à séparer l’intellect de la main. Un intellectuel qui ne sait pas faire, qui ne sait pas travailler avec ses mains, je pense qu’il a un problème. Et l’inverse, malheureusement, est aussi vrai. »
Chez lui, ce n’est pas une posture de philosophe-vigneron pour étiquette de contre-étiquette. Son frère, neurologue, fait de la menuiserie. La famille avait des oliviers du côté d’Aix. Il y avait même des poules. Bref : les concepts, oui. Mais avec des outils.
La vigne comme sentinelle
Lionel Audoin enseigne la philosophie à Carpentras, mais il s’intéresse particulièrement aux penseurs contemporains du vivant. Il cite notamment Baptiste Morizot.
Et la vigne devient un formidable objet de réflexion. « La philosophie consiste à forger des concepts pour penser le monde. On est dans un monde bouleversé. »
Crise climatique. Biodiversité. Exploitation des sols. Agriculture industrielle.
— Et la vigne là-dedans ?
« Je pense que la vigne, de ce point de vue, est comme une sentinelle. »
Paradoxe : le vin n’est pas indispensable à la survie humaine. Culturellement, c’est autre chose. Mais précisément parce qu’il possède de la valeur, Lionel Audoin estime que la viticulture peut disposer d’un espace économique pour expérimenter.
Et il pousse le raisonnement jusqu’au tracteur qu’il utilise lui-même. D’où vient son métal ? Son plastique ? Son pétrole ? À quelle géographie industrielle appartient-il ? « Ça veut dire quoi, le terroir, dans ce cas-là ? » Voilà le professeur revenu.
Socrate descend à la cave
— Et le vin dans toute cette philosophie ? Il...
Contenu réservé aux abonnés
69 % de ce contenu restent à découvrir !
Pour le consulter, vous devez vous connecter ou vous abonner.






