Lionel Audoin : philosophie d’un Rhône plus frais Abonnés
Le 19 septembre 2026
Professeur de philosophie et vigneron à Villedieu, Lionel Audoin ne sépare guère les idées du travail de la main. Dans ses vignes, il observe le vivant, ressuscite quelques vieux cépages et cherche surtout à sortir les Côtes-du-Rhône de leur vieille fascination pour la puissance. Moins d’alcool ressenti, davantage de fruit et de salivation : après cinq millésimes, une autre lecture du Sud commence à prendre forme. Seconde partie de l'entretien (2/2) et bonus dégustation.

Durée de l'entretien : 15 mn.


Un partie de la gamme des Côtes du Rhône de Lionel Audouin
@Tellementsoiftv
Un partie de la gamme des Côtes du Rhône de Lionel Audouin

Qu’est-ce qui vous passionne, finalement, dans la viticulture ? Le concret ?
Lionel Audoin ne sépare pas facilement les deux.
« J’ai du mal à séparer l’intellect de la main. Un intellectuel qui ne sait pas faire, qui ne sait pas travailler avec ses mains, je pense qu’il a un problème. Et l’inverse, malheureusement, est aussi vrai. »
Chez lui, ce n’est pas une posture de philosophe-vigneron pour étiquette de contre-étiquette. Son frère, neurologue, fait de la menuiserie. La famille avait des oliviers du côté d’Aix. Il y avait même des poules. Bref : les concepts, oui. Mais avec des outils.

La vigne comme sentinelle

Lionel Audoin enseigne la philosophie à Carpentras, mais il s’intéresse particulièrement aux penseurs contemporains du vivant. Il cite notamment Baptiste Morizot.

Et la vigne devient un formidable objet de réflexion. « La philosophie consiste à forger des concepts pour penser le monde. On est dans un monde bouleversé. »
Crise climatique. Biodiversité. Exploitation des sols. Agriculture industrielle.

Et la vigne là-dedans ?
« Je pense que la vigne, de ce point de vue, est comme une sentinelle. »
Paradoxe : le vin n’est pas indispensable à la survie humaine. Culturellement, c’est autre chose. Mais précisément parce qu’il possède de la valeur, Lionel Audoin estime que la viticulture peut disposer d’un espace économique pour expérimenter.
Et il pousse le raisonnement jusqu’au tracteur qu’il utilise lui-même. D’où vient son métal ? Son plastique ? Son pétrole ? À quelle géographie industrielle appartient-il ? « Ça veut dire quoi, le terroir, dans ce cas-là ? » Voilà le professeur revenu.

Socrate descend à la cave

Et le vin dans toute cette philosophie ? Il...

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