Durée de l'entretien : 14 mn
Le temps à l’œuvre — quand l’Hermitage dialogue avec la table
Rencontre à Monaco le 26 janvier 2026
par Antoine Gerbelle
Il y a, dans certains entretiens, quelque chose qui échappe au simple jeu des questions et des réponses. Une matière plus diffuse, presque invisible, qui tient autant à la voix qu’au silence, autant au lieu qu’aux mots.
Ce soir-là, à Monaco, à quelques pas de la salle du Louis XV, cette matière était là. Elle circulait doucement Jean-Louis Chave et moi, comme une évidence jamais forcée. Il ne s’agissait pas seulement de vin.
Le fil invisible de la transmission
Chez les Chave, le vin n’est jamais seul. Il est toujours précédé, accompagné, prolongé par la table. On pourrait croire à un discours convenu — l’accord mets-vins comme horizon naturel — mais ici, il s’agit d’autre chose. D’une culture plus ancienne, plus intime. Une culture qui ne s’énonce pas, mais qui se vit.
Jean-Louis Chave parle de son père avec une retenue presque pudique, mais chaque phrase laisse deviner l’empreinte profonde de cette transmission. Gérard Chave, quatre-vingt-dix ans, toujours prêt à traverser des kilomètres pour découvrir une nouvelle table. Trente années de cours de cuisine, non pour maîtriser, mais pour comprendre.
Et plus loin encore, dans la mémoire familiale, les femmes — mères et grand-mères — comme premières passeuses du goût. Ainsi se dessine une filiation où le vin ne naît pas dans la vigne, mais bien avant, dans un geste de cuisine, dans une attention portée au détail, dans une certaine idée de la justesse. Car ce qui se transmet ici, ce n’est pas seulement un savoir-faire. C’est une disposition au monde.
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