Bordeaux : le pirate qui veut sauver le navire Abonnés
Le 19 juin 2026
Bordeaux peut-il se réinventer ? Crise du modèle, vins déconnectés des consommateurs, surproduction, disparition des vignerons incarnés : Jean-Baptiste Duquesne, fondateur des Bordeaux Pirates, propriétaire de Château Cazebonne (Graves), livre sur le salon Millesime BIO une analyse sans filtre du plus grand vignoble français — et des solutions pour redonner à un système à bout de souffle, du désir, du sens et de la valeur.

Durée de l'entretien : 20 mn.

Il porte le tee-shirt comme d’autres portaient jadis l’étendard. Sur sa poitrine, un mot claque, insolent, presque enfantin dans sa provocation : Bordeaux Pirate. À Millésime BIO, au milieu des stands sages, des sourires professionnels et des verres levés avec prudence, Jean-Baptiste Duquesne avance pourtant sans sabre, sans bandeau, sans perroquet. Son arme est plus dangereuse : une parole nette. Et une conviction qui ressemble à une inquiétude.

Car avant de parler de pirates, il faut parler de Bordeaux. De ce grand nom, de cette machine historique, de cette cité du vin moderne, de cette puissance qui a longtemps fait la loi du commerce mondial. Et de ce moment étrange où le colosse, fatigué de sa propre grandeur, doit accepter de se regarder dans le miroir.

« Il y a un problème. Bordeaux a un problème. On va essayer de se remettre en cause », lâche Jean-Baptiste Duquesne. Voilà le point de départ. Pas un slogan de plus, pas une opération de communication repeinte en rébellion, mais une tentative d’autocritique. Bordeaux Pirate, dit-il, est d’abord « un label d’innovation ». Une invitation lancée aux vignerons bordelais : « Tu bouges les lignes, tu essaies des choses, tu vinifies de manière différente, tu fais un marketing différent ? Rejoins-nous, propose tes cuvées. »

Un jury indépendant goûtera, jugera, dira si c’est bon, si c’est original. Le mot important est là : goûter. Revenir au vin. À ce qu’il dit. À ce qu’il ne dit plus. À ce qu’il pourrait redevenir.

La place de Bordeaux, ou l’Internet à cheval

Pour comprendre la crise bordelaise, il faut commencer par rendre hommage à ce qui fut son génie. Bordeaux n’est pas seulement un vignoble. C’est une invention commerciale. Une architecture. Une mécanique. Peut-être même, à sa manière,...

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