Pendant des décennies, le cidre français aura vécu dans l’ombre : boisson de crêperie, folklore normand ou breton, produit industriel parfois gazéifié jusqu’à l’oubli de son origine. Mais quelque chose est en train de bouger. Lentement hier, brutalement aujourd’hui. Pour Dominique Hutin, journaliste spécialiste des boissons fermentées, le cidre traverse même « ses meilleures heures cidricoles ». Une révolution culturelle autant qu’agricole, portée par une nouvelle génération de producteurs, par le monde du vin naturel… et par une société qui change son rapport à l’alcool.
« Ça fait 25 ans que je m’occupe du cidre », rappelle Dominique. « Et malgré ça, je suis en veille permanente tant les choses vont vite. Même après toutes ces années, je vis depuis quatre ou cinq ans mes meilleures heures cidricoles. »
Le constat est clair : le cidre n’est plus simplement une boisson régionale patrimoniale. Il devient un terrain d’expérimentation, de création, de langage. Et surtout, il attire de nouveaux profils.
Une nouvelle vague… souvent féminine
Ce qui frappe Dominique Hutin, c’est d’abord l’arrivée d’acteurs venus d’ailleurs. Des outsiders du monde agricole classique. Des producteurs qui apportent avec eux d’autres références culturelles, d’autres codes graphiques, d’autres manières de raconter les boissons fermentées.
« Il y a une accélération avec des nouveaux acteurs, qui se trouvent être souvent des nouvelles actrices », explique-t-il. « Le champ lexical s’est élargi. Les étiquettes aussi. Comme dans le vin naturel, on voit apparaître des choses beaucoup plus délurées. »
Le cidre commence ainsi à s’autoriser l’humour, l’autodérision, le second degré. Hutin cite en riant certaines cuvées aux noms volontairement provocateurs : « On a des cuvées comme “Moët et Chardon”. » Une manière aussi de signaler qu’une partie de la filière a...
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